Un creux historique pour le vote populaire menant à un gouvernement majoritaire très serré du PQ
Malgré de faibles niveaux d’appuis sous la barre des 30 % du vote populaire, le Parti Québécois mené par Paul St-Pierre Plamondon s’aligne vers une très mince majorité. Cela s’explique en grande partie par le fractionnement des votes chez les autres partis et l’incapacité de quiconque à former une opposition solide à l’échelle provinciale face aux indépendantistes du PQ. Le vote péquiste s’avère des plus efficaces, le parti remportant de nombreuses circonscriptions grâce à des luttes à deux ou trois candidats qui divisent le vote non-PQ. La situation rappelle celle de 1994, où le PQ, favori, avait finalement obtenu une forte majorité de sièges tout en arrivant à égalité avec les Libéraux au chapitre du vote populaire.
Le Parti libéral, projeté comme opposition officielle, cherche à améliorer son score au vote populaire et à consolider ses acquis dans ses fiefs traditionnels de la région de Montréal, mais ne semble pas en voie de faire des gains importants à l’extérieur de sa base urbaine.
Québec solidaire, malgré une baisse de sa part des voix, réussit à conserver plus de la moitié de ses sièges de 2022 et continue de s’imposer comme une force politique dans les centres urbains de la province.
Le Parti conservateur, qui tente de remporter des sièges pour la première fois depuis les victoires de l’Union Nationale en 1976, devrait obtenir de bons résultats dans la région de la capital nationale et le centre de la province. Ces gains correspondent plus ou moins aux secteurs où les conservateurs fédéraux détiennent actuellement des circonscriptions.
La CAQ, actuellement au pouvoir, subit une défaite dévastatrice (attendue depuis plusieurs années déjà). Elle n’est toutefois pas rayée de la carte comme le prédisaient plusieurs experts, réussissant à sauver les meubles avec une représentation dans la région de la Mauricie.
Tous les chefs des principaux partis devraient remporter la circonscription dans laquelle ils se présentent.
Le scénario le plus probable (à moins que le PQ n’élargisse sa majorité par le biais d’élections partielles ou de transfuges d’autres partis, une stratégie que le premier ministre Carney a employée avec succès pour obtenir une majorité à Ottawa) serait le déclenchement d’élections en moins de quatre ans afin de solliciter un mandat plus fort à l’Assemblée nationale.
Il convient de rester prudent avant d’extrapoler ces résultats sur l’appui à un référendum d’indépendance. Selon les derniers sondages, une nette majorité de Québécois demeure opposée à la souveraineté. De plus, le Parti libéral fédéral continue de récolter de bons scores dans la province. La victoire du PQ s’apparente davantage à un désir de remplacer un gouvernement actuel très impopulaire, s’inscrivant dans la lignée de ses victoires de 1976 et 1994, où la campagne électorale tournait principalement autour du thème de la bonne gouvernance.
Enfin, il est à noter que si le PQ venait à former un gouvernement majoritaire avec moins de 33 % des voix, cela constituerait (selon mes recherches) le plus bas pourcentage du vote populaire de l’histoire lié à une majorité absolue de sièges. Le précédent record pour un gouvernement majoritaire élu avec un faible vote populaire appartenait aux élections générales britanniques de 2024, où Labour avaient décroché une solide majorité avec seulement 33,7 % des voix (profitant là aussi d’une division des votes similaire à celle du Québec cette année). Au Québec, le record du plus bas pourcentage pour une majorité était détenu depuis 2018 par le premier ministre de l’époque, François Legault, alors que 37,4 % des voix avaient suffi pour former un gouvernement majoritaire robuste de 74 sièges.
Bien qu’aucun autre parti ne soit pressenti pour s’approcher du pouvoir au Québec cette année (en supposant que les sondages soient un tant soit peu précis), j’évaluerais les probabilités d’une majorité péquiste par rapport à un gouvernement minoritaire à 60 % contre 40 %, ce qui traduit les marges très serrées dans plusieurs luttes locales. J’accorde aux libéraux, en deuxième place, une probabilité de 95 % de former l’opposition officielle.